Le Parc de la Roselière

2015
Biodiversité locale : gestion et suivi
Reims Métropole (Marne)
Intercommunalités

Organisme en charge de la mise en œuvre : Reims Métropole (Maître d’Ouvrage), ARRIA-SINBIO (Maître d’œuvre).

Services de la collectivité associés : Direction de l’Eau et de l’Assainissement et Direction des Espaces Verts.

Budget de l’action : 4 450 300 € HT.

Partenaires financiers et techniques : GUINTOLI (Aménagement des bassins), ISS Espaces Verts agence de Reims (Plantations des bassins), EDIVERT (Aménagement paysager du parc), SCEE (Eclairage).

Dates de l’action : De 2010 à 2012.


 

OBJECTIFS

L’action porte sur la création ex-nihilo en 2010 sur d’anciens champs agricoles (production de blé et de betterave à sucre) d’un bassin paysagé d’une surface de 4,7 ha, afin d’assurer la gestion écologique des eaux pluviales de la ZAC de Bezannes, l’une des plus grandes de France avec 174 ha. Les axes forts qui ont sous-tendus les orientations d’aménagement de la ZAC sont, outre un développement économique dynamique autour de la nouvelle gare TGV, une volonté de créer une structure paysagère forte avec plantations et liaisons vertes qui organisent le territoire.

Pour la gestion des eaux pluviales il a été décidé de créer des noues et favoriser l’infiltration à la parcelle, mais sur la partie nord de la ZAC, soit environ 70 ha, la proximité de la nappe a contraint l’aménageur à mettre en place des collecteurs enterrés.

Dès lors, il convenait de réguler les rejets dans le ruisseau de la Muire, affluent de la Vesle, qui participe au réseau d’assainissement des eaux pluviales de l’agglomération et de protéger la nappe peu profonde dans ce secteur.

L’avant-projet validé par l’étude loi sur l’eau prévoyait la construction d’un bassin en béton d’une capacité de 15 000 m3 assorti d’une station de pompage et d’un filtre à roseau.

Ce projet avait été estimé à 8 000 000 € HT.

Cependant cette option n’était pas en phase avec l’esprit général de la ZAC avec un important volet paysager préconisé par l’étude préalable d’aménagement réalisée par le paysagiste Michel Desvignes et validée par les élus.

 

MESURES MISES EN OEUVRE

Dès lors, sous l’impulsion du directeur de projet de la ZAC, le choix s’est porté vers un bassin paysager en alternative au bassin en béton.

Un bureau d’étude spécialisé a ainsi proposé un projet moins couteux respectant les objectifs affichés dans le dossier loi sur l’eau et offrant d’autres fonctionnalités : plus-value esthétique et plus-value écologique.

Afin d’améliorer l’attractivité du projet il a été demandé d’assurer la présence d’un plan d’eau permanent.

Le bureau d’étude a proposé un schéma de principe incluant une rivière artificielle amenant à une lagune en eau permanente et un filtre à roseau, une zone humide pour gérer les apports du lotissement situé à proximité, le tout avant rejet dans le ruisseau.

Les matériaux et substrats ont été choisis à partir de la pédologie du site et la lagune a été imbriquée au filtre planté de roseaux. Les ouvrages ont été réfléchis pour pouvoir accueillir la plus grande diversité d’espèces faunistiques et floristiques possible et assurer rapidement la mise en place d’un équilibre écologique. Pour cela, une diversité de milieux et d'habitats potentiels a été reconstituée. 

Le but était aussi de limiter le développement des algues et les opérations de curage.

Les choix décisifs ont d’abord été géomorphologiques (diversité des profondeurs, berges sinueuses et pentes diversifiées pour varier l’exposition au soleil) puis le choix des substrats a déterminé les espèces à installer. L’étanchéité du bassin a été faite avec un complexe argile/polymère.

Un aménagement paysager incluant trois passerelles en bois et un chemin sur digue permet une promenade autour du bassin.

Le tout forme un espace à vocation de parc public d’environ 4,7 ha.

Pour la plantation des parties aquatiques, le bureau d’étude chargé de la maîtrise d’œuvre du projet a proposé un panel spécifique en fonction des hauteurs d’eau et notamment une végétation d’hélophytes adaptés au fort marnage : phragmite pour le filtre planté de roseaux et cératophylle, potamots, renoncule aquatique et hydrocharis des grenouilles (morène) pour la lagune.

Pour la partie parc paysager, le choix s’est porté sur des essences adaptées aux conditions locales et quelques arbres fruitiers.                             

Une gestion différenciée du site est mise en place depuis 2013 afin de préserver et de développer le nombre d’espèces identifiées, en particulier des absences de fauche ou des fauches tardives sur certains secteurs, ainsi que le développement de zones de fourrés.

Les seuls points noirs identifiés sont le développement très important des algues en période estivale et le comportement invasif de la Balsamine de l’Himalaya qui nécessite des campagnes annuelles d’arrachage.

 

RESULTATS

Les travaux du bassin ont été achevés en 2010, l’aménagement de la partie parc a été réalisé en 2011-2012. Le parc a été ouvert au public en juin 2013.

Un milieu naturel s’est très vite installé sur le site. La végétation introduite a rapidement colonisé le site, et de nouvelles espèces végétales sont apparues. Le site est ainsi devenu en quelques années un milieu grouillant de vie, comme l’attestent les études naturalistes réalisées en 2013 pour affiner le plan de gestion :

  • pour le volet végétal : une mosaïque de milieux (herbiers aquatiques, roselières à phragmites, massettes, butomes, baldingères, mégaphorbiaies, zones d’atterrissement à reine des prés et menthe aquatique, cariçaie à laîche des marais, friche à mélilot blanc,  fourrés de saules…) ainsi que quelques espèces invasives qu’il faut contrôler (solidage glabre, buddleia, balsamine de l’Himalaya).
  • pour le volet animal : une microfaune spontanée a rapidement pris possession du site ainsi que des poissons dont les œufs ont été amenés par des canards. Les amphibiens sont représentés en grand nombre par la grenouille verte, les Chiroptères par la pipistrelle et la sérotine commune. Le parc est un milieu de vie pour de nombreux odonates (aeschne, agrion…), des orthoptères dont le criquet noir ébène, inscrit sur liste rouge régionale, et des papillons de jour communs (argus bleu, demi-deuil, piéride…). Enfin 20 espèces d’oiseaux ont été identifiées, dont 14 en liste rouge nationale, en particulier l’hirondelle de fenêtre et le faucon crécerelle, deux espèces en fort déclin ces dernières années.

Ce projet montre ainsi comment il est possible de passer d’un équipement purement technique de gestion des eaux pluviales à un projet apportant une forte plus-value sur le plan écologique et paysager, d’autant plus qu’il est situé sur un des corridors biologiques identifié de l’agglomération.

Après quatre années d’installation, un parc de 4,7ha en partie aquatique est maintenant accessible aux promeneurs dans un secteur où l’eau de surface est rare. La renaturation future de la petite rivière appelée La Muire passant à proximité du parc complétera et confortera les aménagements réalisés.

Le parc assure ainsi une fonction technique majeure de régulation d’une grande partie des eaux pluviales de la ZAC, en étant le récepteur d’un réseau important de noues paysagées. Mais ce parc assure également des fonctions écologiques et paysagères grâce notamment à une lagune en eau permanente. Les fonctions de régulations hydriques et thermiques sont ici mises en exergue, ce qui est très important pour les espaces construits riverains, et finalement pour l’agglomération toute entière.

 


 

Stéphane DELAVALLADE, Chef de Service Environnement Direction du Développement Durable, Reims Métropole

stephane.delavallade@reimsmetropole.fr

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